La « robolution » ou la fin de l’emploi ?

Depuis la 1ère révolution industrielle, chaque vague d’innovations a fait craindre que les machines remplaceraient le travail humain, entrainant l’explosion du chômage. Aujourd’hui, l’avènement de la « robolution » réanime ces craintes. Peut-on prédire que l’automatisation, l’intelligence artificielle, et la robotisation, vont nous voler nos emplois ?
Les robots remplacent déjà les humains

A l’ère de l’industrie, General Motors employait 800 000 personnes, (contre 215 000 aujourd’hui). Facebook, qui a une valeur boursière de 350 milliards de dollars, emploie moins de 15 000 employés, puisque ses revenus et contenus sont en fait générés bénévolement… par nous, via les technologies de l’intelligence artificielle. Coté automatisation des taches, Foxconn, le principal sous-traitant d’Apple, a commencé à remplacer ses ouvriers chinois par des robots sur ses lignes de montage (qui comptent 1 million d’ouvriers). Et Microsoft a remplacé tous les vigiles de son campus californien par des robots mobiles munis de caméras, de capteurs et de détecteurs de mouvements et de sons.

Tout cela fait dire que le chômage que nous connaissons aujourd’hui n’est rien en comparaison de ce qui nous attend…

Alors qu’allons-nous faire et de quoi allons-nous vivre ?

Dans les années 1930, l’économiste John Maynard Keynes était inquiet de l’émergence d’un « chômage technologique » parce que le remplacement du travail humain par la machine progressait plus vite que le développement de nouveaux métiers. Dans son essai « Perspectives économiques pour nos petits enfants » il prédisait et préconisait pour 2030 la semaine de travail de quinze heures, le partage de ce travail et des richesses économiques qu’il produirait, et l’oisiveté.

Keynes n’en disait pas beaucoup plus sur comment occuper cette oisiveté. Le romancier Rana Dasgupta propose une solution. Dans son article « le système n’a plus besoin de nous tous » il imagine des moyens pour que les futures « armées de chômeurs » puissent participer à la vie de la société. Prenant l’exemple des moines du moyen âge que les aristocrates payaient pour prier pour le salut des âmes, il confie aux chômeurs la mission d’imaginer de nouvelles manières de vivre. Car il leur faudra repenser les relations à l’argent, à la politique, à la nature, et trouver de nouveaux objectifs de vie pour tous. Pour les rémunérer, le philosophe Bernard Stiegler propose, dans la revue Multitudes, un revenu universel de contribution, issu de la redistribution d’une partie des gains de productivité généré par l’automatisation.

Mais d’autres experts imaginent des scénarios bien différents puisqu’ils ne prévoient pas du tout de chômage massif, bien au contraire…

Une opportunité pour l’emploi et pour la productivité

A ceux qui affirment que de nombreux emplois disparaîtront du fait de l’automatisation robotique plus rentable, d’autres répondent que, selon le principe de la destruction créatrice de Joseph Schumpeter, la main d’œuvre et les capitaux ainsi libérés permettront de créer de nouvelles activités et emplois. Quels emplois ? David Graeber, professeur d’anthropologie à la London School of Economics, a une réponse assez originale, mais néanmoins très sérieuse. Il expliquait il y a 3 ans dans son article « A propos du phénomène des emplois à la con», (traduit en français par le blog La grotte du barbu) que la technologie avait en fait entraîné plus de travail, avec la création d’emplois réels mais … inutiles ! Et que l’on pouvait espérer le même résultat avec la robotisation.

Certains entrepreneurs voient aussi dans la robotisation une opportunité économique. Peter Thiel, PDG de Paypal, prédit que le « 2° âge de la machine » va provoquer un vaste mouvement de relocalisations. Fini le temps des délocalisations dans les pays où la main d’œuvre est à bas prix. A la place, on utilisera les robots dont les prix ne cessent de baisser, et qui ne consomment que de l’électricité. Et ils peuvent aussi bien travailler en Malaisie qu’à Paris. Le Prix Nobel d’économie Michael Spence abonde dans ce sens, et assure que les entreprises vont dorénavant chercher à se rapprocher de leurs clients. Il prend pour exemple Adidas, qui vient d’ouvrir une usine ultra-robotisée en Allemagne.

Pour Bruno Bonnell, fondateur d’Infogrames, directeur de Robopolis, et président d’Awabot, la robotisation va pouvoir améliorer la production, et réindustrialiser les pays. Comme la planète comptera 10 milliards d’êtres humains à l’horizon 2050, les modes de production vont devoir être optimisés. Et cela va entraîner de nouvelles taches dangereuses pour l’homme, comme des conditions de travail sous haute température dans les usines chimiques, ou sous haute pression pour l’extraction des minerais au fond des mers. Elles devront donc être effectuées par des robots.

On ne sait pas encore si la robotisation va entraîner un chômage de masse, mais pour y réfléchir, Keynes prévenait qu’il y a deux pensées à éviter :  « le pessimisme des révolutionnaires qui croient les choses si mauvaises que seule une mutation violente pourra nous sauver, ou celui des réactionnaires qui jugent l’équilibre de notre vie économique et sociale si précaire que nous devons éviter le risque de toute expérimentation. »

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