La mauvaise image des développeurs informatiques

Dans un rapport récemment remis à l’ex ministre Fleur Pellerin, Tariq Krim, fondateur du portail Netvibes, pointe la mauvaise image des développeurs en France, et leur absence globale de la hiérarchie dans l’administration française. Il déplore que trop peu d’entre eux accèdent à des postes de décision, dans les entreprises du secteur privé comme dans le secteur public appelé à se moderniser.

Beaucoup de programmeurs français vont soit aux Etats Unis pour trouver des fonds, et quand ils restent en France et essaient de trouver de l’argent pour financier leurs projets, ils masquent les aspects transgressifs de leur projet parce qu’ils ont peur de ne pas plaire aux banquiers. L’image des développeurs n’est pas au plus haut. La majorité des développeurs est recruté par les sociétés de services (SSII), qui a été inventée pour répondre à la problématique de l’industrie. L’idée est d’avoir des informaticiens qui ne sont là que dans le seul but d’optimiser le processus industriel existant, il n’a donc pas une valeur métier. D’ailleurs, dans les grandes entreprises, beaucoup d’informaticiens font partie des services généraux, donc ils ne sont pas là pour inventer de la valeur mais pour prendre un processus dit industriel existant et l’optimiser. Pour les développeurs le poste idéal serait rattaché aux métiers, où ils pourraient inventer un nouveau métier avec des nouvelles technologies. Il faut développer le « computational thinking », ou les développeurs ont l’espace pour créer et innover.

Quelques initiatives sont déjà mises en place depuis quelques années. Par exemple l’école 42, fondée par Kwame Yamgnane, et Xavier Niel, a une approche un peu déroutante: pas d’enseignants, pas de programmes, pas de rentrée scolaire, pas d’horaires, mais des journées de travail de dix ou quinze heures. Cette nouvelle école applique un programme pédagogique simple : on met des élèves autour d’un projet, quand ce groupe travaille sur la problématique, deux groupes se créent. Soit certains la connaissent déjà et vont chercher dans leur base de connaissances et reproduisent alors ce qu’ils ont a déjà appris, ou ils ne la connaissent pas et ils créent alors de l’intelligence, c’est-à-dire qu’il faut se débrouiller pour y arriver. Cette méthode d’apprentissage est fait pour s’adapter aux problématiques actuelles de l’industrie et du numérique.

Il y a aussi Roxana Rugina, 26 ans, Roumaine, issue de la pub, qui a co fondé l’école Simplon.co. L’approche de cette école est de proposer une formation intensive et gratuite à des porteurs de projets. Des spécialistes bénévoles s’engagent à accompagner et développer les porteurs de ces projets. Elle cible surtout  les talents défavorisés ou sous-représentés dans l’entrepreneuriat digital et la programmation (filles, personnes issues des quartiers populaires, des zones rurales, des milieux modestes et des diasporas, seniors et personnes en situation de handicap), et aussi des porteurs de projets numériques solidaires, liés à l’éducation ou à l’innovation sociale.

Un mouvement de fond encourage l’enseignement d’une culture générale numérique, incluant l’apprentissage de notions de code informatique dès l’école primaire. Une question qui sera débattue dans le cadre de la refonte des programmes scolaires. Le Conseil supérieur des programmes (CSP), organe consultatif indépendant, présentera les projets de nouveaux programmes au printemps 2014.

Gilles Babinet, lance prochainement la version française de Code Academy, un site pour apprendre le HTML à distance aux 7-15 ans, « sous réserve de lutter contre le décrochage et la surcharge des programmes, qui fait que les apprentissages fondamentaux ne sont pas assimilés, on pourrait commencer vers le CE2-CM1 avec des bases de langage informatique ».

L’idée est déjà appliquée dans certains pays. Notamment en Grande-Bretagne, où le gouvernement de David Cameron a décidé en 2013 d’étendre le programme d’enseignement du code en primaire, dans le but que les élèves réalisent des projets créatifs numériques. Ou en Finlande et en Estonie, où le code s’apprend de 7 à 19 ans. Aux Etats-Unis, pas de programme national, mais l’année dernière, Barack Obama s’est adressé aux Américains pour soutenir l’enseignement de l’informatique, incitant les jeunes à devenir programmeurs.

La Société informatique de France pense que dans une société imprégnée de numérique, il serait insuffisant d’être formé aux seuls usages. Enseigner l’informatique à tous est devenu un enjeu primordial afin de procurer à tout citoyen les clés scientifiques qui permettent de comprendre et de participer aux évolutions de la société.

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