La blockchain ou la fin de l’entreprise traditionnelle ?

Pour La Tribune, la blockchain n’est rien de moins qu’une « révolution qui va transformer le monde » !
Ne va-t-elle pas aussi entrainer une révolution de l’organisation de l’entreprise traditionnelle ? C’est la thèse de Philippe Honigman, co fondateur de Ftopia (start up de partage de documents), qui participe au projet Backfeed (conception d’une infrastructure pour créer des organisations décentralisées).

Petit rappel : qu’est-ce que la blockchain ?

C’est en 2008, dans un contexte de crise financière, de rupture de confiance dans les Etats, dans les banques et dans les monnaies, qu’est apparue la technologie de la blockchain. Elle a permis – grâce à une technique alternative du protocole TCP-IP de transfert et de stockage de données –  de mettre en place un système de transaction monétaire virtuel avec la monnaie numérique Bitcoin. Celle-ci fonctionne sans autorité centrale ni administrateur. Ce principe de la désintermédiation dépasse désormais le domaine de la monnaie numérique, et les entreprises y voient une opportunité de réduire leurs coûts, et de, en théorie, sécuriser leurs transactions (par exemple pour les transferts d’actifs ou pour les smart contracts*).

Le déclin de l’entreprise traditionnelle

Pour Philippe Honigman, l’instabilité économique croissante, et les bouleversements technologiques et sociaux impliquent de repenser le système de l’entreprise traditionnelle. Son système de management construit autour de la hiérarchie ne pourra, à terme, plus fonctionner. Aujourd’hui l’entreprise est bâtie autour de ceux qui décident et de ceux qui exécutent, et cela va à l’encontre de la nécessité de libérer la créativité nécessaire à l’innovation. Pour faire évoluer le modèle de l’entreprise, il faut mobiliser toutes les individus, et leur donner les moyens d’innover. Un de leurs outils sera la technologie blockchain.

La remise en question de l’entreprise traditionnelle est déjà en marche

La logique de la plateforme transforme déjà le fonctionnement traditionnel de l’entreprise, en externalisant son activité vers des sous-traitants et vers les clients. Ce sont aujourd’hui Uber, Amazon, Ebay, RbnB, etc. qui utilisent ce système mixte de la plateforme. L’entreprise-plateforme décide de l’allocation et de la distribution du travail, emploie des ressources indépendantes, et utilise les données de ses clients pour améliorer ses services et produits. Dans ce schéma, l’organisation hiérarchique s’allège, puisqu’elle interagit avec un réseau d’indépendants, pilotés par des logiciels. C’est une première étape dans le processus de mutation de l’entreprise.

L’étape suivante : la décentralisation, avec la blockchain

L’étape suivante est appelée DCO – Decentralized Collaborative Organisation/Organisation Collaborative Décentralisée – où des individus s’associent librement autour d’un projet commun, et définissent eux même leurs règles de fonctionnement. L’organisation hiérarchique disparait et laisse la place à des organisations collaboratives décentralisées.

A quoi ça pourrait ressembler ? À un système ouvert et fluide où n’importe qui peut coopérer, choisir son rôle, et participer aux mécanismes d’organisation. Les processus de décision n’y sont pas démocratiques car dans une structure ouverte tout le monde n’a pas le même poids et la même influence. C’est donc un système méritocratique, où chacun est rétribué en fonction de son activité et de son influence au sein de l’organisation. La valeur créée est redistribuée en proportion de ce mérite, en parts, en valeur d’usage – utiliser les services ou les biens produits par l’organisation – et en monnaie (virtuelle). Le big data permet le développement des plateformes, la blockchain va permettre le développement de ces organisations du futur.

La blockchain est encore loin d’être aboutie (gigantesques besoins en calcul, grand coût énergétique, limitations techniques en matière de vitesse de traitement des transactions, etc.) mais de nombreuses entreprises préparent déjà le terrain de la grande mutation. Par exemple, Ethereum ou Backfeed pour l’infrastructure, Uport ou Jolocom pour la gestion d’identité décentralisée, Part-up et Colony pour les réseaux sociaux collaboratifs, ou encore Otonomos pour l’incorporation réglementaire.

* programmes autonomes qui exécutent automatiquement les conditions et termes d’un contrat, sans nécessiter d’intervention humaine une fois entrés en vigueur.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Please enter your name, email and a comment.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.