Buzz IT donne la parole …

Pierre Van Wambeke, CEO de SeeZam

Ingénieur de formation et diplômé d’un MBA, Pierre Van Wambeke est un entrepreneur Belgo-Luxembourgeois. Ancien consultant de PwC (spécialisé en gestion de projet et stratégie IT), il a dirigé et transformé l’informatique d’un ensemble d’hôpitaux privés luxembourgeois de 2001 à 2007. Il rejoint ensuite le secteur aérien en tant qu’Account Director pour Cargolux. En 2008, il décide de donner des ailes à SeeZam, un concept unique de sécurisation de l’information.

SeeZam
Avec le climat de doute actuel sur la confidentialité de l’information numérique au niveau international, comment s’assurer que les informations sensibles voire secrètes  d’une entreprise ne soient pas à la merci d’un « œil indiscret » ? Comment garantir la confidentialité de communications ? Comment innover et fournir de la haute valeur ajoutée à ses clients?
SeeZam fournit une réponse pragmatique à cette problématique de gestion de contenus confidentiels et d’innovation. Le coffre-fort SeeZam offre un espace virtuel de stockage, de conservation et d’échange ultra-sécurisé, inviolable et personnel, centralisant et restituant sans altération les informations sensibles qui y sont déposées. Les applications sont multiples et totalement personnalisables aux besoins spécifiques du professionnel.

Quelle est selon vous la technologie la plus intéressante du moment ?

Si je mets ma casquette d’ingénieur industriel, mon regard se porte immédiatement vers l’impression 3D. Cette technologie, qui place l’algorithme comme un élément central de l’usine de demain, montre son potentiel et va probablement amener des bouleversements industriels énormes. Imaginez seulement l’influence directe sur le transport d’objets (virtuels et non physiques) et sur la fabrication (relocalisée directement à portée de main du consommateur). Ces avancées prendront encore quelques années pour atteindre le plateau de productivité, tant convoité par tous les adeptes de Gartner Hype Cycle. Mais, bonne nouvelle, tout cela permet de préparer un terreau fertile pour lequel l’Europe a des atouts et peut, je devrais dire « doit », se démarquer.

Il faut dès lors préparer le terrain avec les services de supports indispensables (parfois malmenés). Ainsi la protection de la propriété intellectuelle ou de la vie privée dans un monde « nuageux » (ndlr : cloud) est au cœur de nombreuses batailles dont l’issue déterminera si nous serons acteurs ou spectateurs de la conquête de ce marché de l’impression 3D. L’Europe doit être vigilante pour ne pas perdre la bataille de la géo-localisation et de la protection de son savoir numérique (privé, industriel ou gouvernemental), véritable patrimoine informationnel à très haute valeur intrinsèque.

Quelle est selon vous la technologie qui fait du buzz et qui ne sert à rien pour le moment ?

Je me délecte des annonces qui nous présentent les objets connectés les plus farfelus (sensés se vendre). L’épilateur connecté à l’iPhone, le fer à repasser Bluetooth, le détecteur d’arrosage de plantes sur wifi, la fourchette intelligente, le gobelet qui calcule les calories, le matelas qui analyse votre sommeil ou la chemise qui mesure votre stress…tous, individuellement, égayent mes lectures et mes journées.

Mais dire que ça ne sert à rien est une hérésie ! Car derrière la démarche innocente et presque infantile, le spectre d’un « big brother is watching you » est plus que jamais présent. Et le Big Data Analytic, je dis bien l’analytic (celui des gens qui regardent dans le trou de la serrure), peut s’en donner à cœur joie. Aujourd’hui ce n’est pas une fiction de déterminer que « depuis 6 mois, monsieur Dupont ne rejoint plus son épouse sur l’oreiller qu’une nuit par mois, son matelas intelligent est formel. On a constaté une augmentation de son stress, facteur à mettre en corrélation avec son rythme cardiaque inquiétant. Son poids, dont le tracé synchronisé avec Facebook s’apparente à une montagne russe, est une conséquence logique de ses achats alimentaires à l’hypermarché en ligne. Ces informations seront bien entendu ignorées par l’assureur qui lui a mis à disposition le dernier assistant e-santé…pour son bien ».

Des commissions nous protègent dans nos pays, oui ! Mais quand les données transitent on ne sait pas où dans le monde et sont stockées quelque part dans un Cloud incontrôlable…que reste-t-il d’une déontologie, de règles et lois …avec les intérêts financiers qui sont derrière, faut-il le préciser. Et on oublie trop souvent (ou trop vite) : quand c’est gratuit, c’est nous le produit. Soyons méfiants : ce qui ne sert à rien pour certains sert des intérêts qui peuvent aller à l’encontre de libertés fondamentales.

Un exemple de projet sur lequel vous avez travaillé, pour lequel, sans une technologie lancée ces cinq dernières années, rien n’aurait été possible ?

La start-up que j’ai lancée en 2009, SeeZam, a fait un pari : chaque personne, physique ou morale, voudrait disposer d’un espace confidentiel pour y mettre à l’abri des informations numériques qui ne doivent pas être accessibles à l’insu d’un propriétaire. Le coffre-fort virtuel© proposé ne s’apparente pas au coffre numérique dont le terme est totalement galvaudé en francophonie (un récent livre Blanc de la FedISA — www.fedisa.lu — décrit le coffre et le différencie d’ailleurs d’un répertoire sécurisé, d’une GED ou encore d’un archivage).

Fondamentalement, l’innovation n’a pas été trouvée dans une technologie mais dans une combinaison de techniques, dans la connaissance de lois protectrices, dans la mise en adéquation entre la connectivité moderne et le respect des nouvelles exigences privées dans un environnement social en mutation. Pour donner un simple exemple, alors que les venture capitalists de tous horizons y voyaient une contrainte logistique à notre développement, nous avons lancé SeeZam avec des moyens d’authentification forte (token), poursuivi avec des moyens d’identification forte (certificats nationaux présents sur les cartes d’identité) et nous évoluerons certainement vers de la reconnaissance forte (la tendance). Sans cette garantie, le service ne pouvait être proposé. Mais QUI, aujourd’hui sur le marché, peut offrir les garanties de secret que SeeZam offre à ses clients : personne dans le secteur non-militaire.

En quoi les nouvelles technologies ont transformé votre rôle ?

Les nouvelles technologies n’ont pas transformé mon rôle, mon rôle évolue naturellement avec elles. Etre à la pointe c’est être agile, s’adapter, se réinventer. Notre valeur ajoutée de spécialiste des technologies de l’information et de la communication se trouve dans l’anticipation, le moins possible dans la réaction. L’IT doit accompagner l’utilisateur, lui apporter soutien, efficacité, sécurité et confiance… tout un challenge, toute une évolution permanente !

Quelle est la nouvelle technologie qui n’existe pas encore et qui sera révolutionnaire demain ?

L’interface homme-machine est la clef de voute du progrès numérique. Sans remonter au boulier compteur, je me souviens des premières consoles (quasiment des claviers de machine à écrire) puis de ma première souris filaire puis « sans fil ». Aujourd’hui nous sommes à l’ère de la navigation naturelle, nos doigts font des miracles sur les appareils mobiles et les commandes vocales sont réellement efficaces. La prochaine révolution sera vraisemblablement l’étape de l’interprétation des ondes cérébrales, les recherches actuelles sont prometteuses. Un potentiel ahurissant mais également une nouvelle menace pour l’Homme libre. Whaouw…il va y avoir du boulot pour protéger l’individu!

Que conseillez-vous aux étudiants qui sortent de l’école aujourd’hui et qui sont les DG de demain ?

S’ils sortent aujourd’hui, je leur conseille de se couvrir : il fait froid.

Mon propos humoristique, pour autant qu’il le soit, illustre mon conseil : conservez une capacité à ne pas toujours vous prendre au sérieux. Vivez l’aventure professionnelle avec joie et passion. Le bonheur de travailler dans un domaine passionnant est la clef d’une réussite. Et avec ce cadre, le travail, celui qui résulte d’une remise permanente de l’ouvrage sur le métier, ce travail est source de récompenses. Ajoutez la rigueur et la droiture…vous serez une personne recherchée !

Quel est le meilleur conseil qu’on vous ait donné ? (qui vous l’a donné ?)

« Connais-toi toi même ». J’y travaille, je n’ai pas fini, merci du conseil monsieur Socrate.

Quelle question voulez-vous que je vous pose ? Et quelle est votre réponse ?

Notre monde numérique nous mène-t-il vers une menace croissante de nos libertés ? Comment se protéger des dérives ?

Oui. Si le « Net », mot qui vient de l’anglais, se traduit par « toile » en français, un bon linguiste vous rappellera que la bonne traduction, c’est un « filet » ! Force est de constater que le quidam non averti n’a aucune idée des informations personnelles qu’il livre. Il ne sait pas quand il les donne, qui les collecte, pour combien de temps, pour quel profit, quel but…nul ne sait d’ailleurs ce que nous prépare l’accumulation de données personnelles sans aucun précédent. Le glissement de nos existences sur le net, de nos secrets de notre intimité, me convainc qu’il est essentiel de protéger certains secrets et un minimum d’anonymat. — Permettez-moi de faire une parenthèse pour rappeler que le secret et l’anonymat sont essentiels dans une stratégie de protection porteuse d’égalité. Je ne prendrai pour exemple que la notion de vote. Le vote est secret…il est dès lors l’ennemi des totalitarismes. Fermons la parenthèse. —

Notre génération serait dans un nouveau pétrin ? Ce n’est pas une nouveauté, aussi loin que l’on puisse remonter, l’Humanité a toujours été dans des situations d’où il semble impossible de sortir.

Si mon parcours d’entrepreneur du net est lié à un engagement de tous les jours de respect de la vie privée et de la confidentialité, dans certains débats, je me retrouve vite défenseur de libertés fondamentales dans le monde numérique. Optimiste de nature, je constate qu’il y a une lutte tenace pour aller à l’encontre d’un destin qui semble tracé par certains romanciers de fiction.

Et certaines législations européennes, comme celles du « petit » Luxembourg, nous permettent de prétendre aujourd’hui à de la confidentialité réelle dans le monde numérique. Aussi…vive l’ultra-sécurité !

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